« Quand j’étais petit, je faisais les foins avec mon père sur la colline en face. On avait des vaches à l’époque », se souvient Louis-Pierre Perraud (aucun lien de parenté avec l’auteur de cet article) en désignant le plateau de Saint-Rambert couvert d’immeubles, dans le 9e arrondissement de Lyon. « En quelques décennies, toutes les fermes ont disparu, remplacées par des habitations, des rues, un centre commercial… Toutes sauf la mienne ! Aujourd’hui, je n’ai plus de bétail, mais j’élève encore quelques moutons, des lapins et des poules », explique celui que tout le monde dans le quartier appelle Pierrot. À 55 ans, il est le dernier agriculteur de Lyon. Sa ferme est coincée entre la Maison des jeunes, le terrain de basket et une barre HLM. Chaque matin, casquette vissée sur la tête, il passe en tracteur devant le supermarché et salue ses voisins qui partent travailler en centre-ville. Le lundi et le jeudi soir, il les retrouve dans sa ferme où il vend en direct fruits et légumes. On se bat pour ses œufs et ses salades frisées. Il n’y en a jamais assez. Le vendredi, il installe son étal sur le marché de Saint-Rambert qu’il a contribué à créer. Là encore, mieux vaut venir tôt. « L’avantage de la ville, c’est que je n’ai pas à aller chercher mes clients, ils vivent tout autour de moi. » Ses six hectares de terres ont suscité la convoitise des promoteurs immobiliers avant d’être classées en zone agricole. « Je suis juste locataire et mon propriétaire n’a jamais voulu vendre. C’est une chance. Il souhaite que cela reste une zone cultivée. » Au pied des immeubles poussent donc des cardons, des épinards, des carottes mais aussi des arbres fruitiers, de la vigne et des céréales pour nourrir les poules. De la polyculture à l’ancienne. Quatrième génération d’une famille de paysans, Pierrot est aussi la dernière ; il n’a pas d’enfants. « Mais j’espère qu’un autre agriculteur pourra s’installer après moi. C’est important qu’il reste des fermes en périphérie des villes. Ici, les habitants connaissent la saison des légumes. On ne me réclame pas de tomates en hiver. » Très actif, il organise également une fête annuelle de la courge et un pot-au-feu géant pour tisser des liens entre ses clients. 

Entre un parking et une salle de spectacle

« Les fermes urbaines ont bien plus qu’une fonction nourricière. Elles jouent un rôle social, pédagogique, écologique, observe Antoine Lagneau, chargé de mission agriculture urbaine à Natureparif. Ce sont des lieux de rencontre où les citadins s’interrogent sur la question de la souveraineté et de la transparence alimentaire. Sur le plan environnemental, maintenir du foncier agricole en ville permet de drainer les sols et de lutter contre les îlots de chaleur. » Si les agriculteurs en France se sentent souvent seuls, peu considérés et dépendants des grossistes, il en va différemment pour ceux installés en milieu périurbain. 

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