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 | | Portraits, point de vue... |  Actualités > Points de vue > Portraits, point de vue... |  | Notre avenir en 28 scénarios |
| Animés par la Délégation interministérielle à l’aménagement du territoire et à l’attractivité régionale (Datar), les travaux « Territoires 2040, aménager le changement » ont mobilisé, durant 18 mois, 500 chercheurs et experts. Leur objectif était d’identifier des scénarios possibles d’évolution des territoires et notamment des campagnes françaises. Stéphane Cordobes, conseiller auprès du délégué de la Datar, explique la démarche.
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| | | Pourquoi la Datar s’est-elle engagée dans ce travail de prospective ?
Depuis sa création en 1963, la Datar réalise ce type d’exercice afin de disposer de la matière suffisante pour réfléchir à l’avenir des territoires français et donc des politiques à mettre en oeuvre. « Territoires 2040 » doit nous permettre de comprendre les profondes transformations que nous constatons depuis les années 1990- 2000 et qui nous obligent à modifier nos cadres de référence.
Quelles sont ces évolutions ?
Tout d’abord, nous ne pouvons plus penser les territoires indépendamment les uns des autres. Tous sont concernés par ce qui se passe aussi bien à proximité que dans le monde. Par exemple, l’offre touristique des territoires ruraux dépend des nouvelles attentes des urbains : une meilleure accessibilité (via le train notamment) et un milieu à la fois préservé et doté de services de proximité. De même, les villes sont davantage attractives si elles sont proches d’éléments naturels « agréables ». L’autre évolution est l’apparition, dans les réflexions et les projets, des préoccupations environnementales et de celles liées à la gestion des ressources énergétiques. L’activité humaine risque de dépendre encore longtemps du pétrole, dont le prix a de fortes probabilités d’augmenter. Les habitants, notamment ceux des périphéries urbaines, dépenseront de plus en plus pour les transports. L’étalement urbain est donc une évolution à laquelle nous devons prêter attention.
Comment s’est déroulé ce travail de prospective ?
Durant deux ans et demi, nous avons mobilisé plus de 500 personnes – chercheurs, agents des territoires, experts… – sur des scénarios prospectifs autour de sept nouveaux types d’espaces (voir encadré). Ils ont pu oeuvrer en totale liberté pour nous dire comment ces différents milieux peuvent évoluer ensemble et quels atouts et difficultés pourraient se dessiner.
Que peuvent retenir de ces travaux, des acteurs locaux, élus, responsables associatifs, citoyens…?
Il est important de signaler que plusieurs de ces situations futures peuvent se dérouler dans différents endroits au même moment. Chacune d’elles comporte des intérêts et des inconvénients. Mais cette appréciation est très subjective selon le lecteur. On peut comprendre, par exemple, que la rédaction de l’Esprit Village soit davantage sensible au scénario des « Laboratoires verts » (voir ci-après). Ces travaux nous révèlent cependant qu’il n’y a plus un modèle de développement et de territoires et que tous sont interdépendants. Ils donnent des matériaux de réflexion qui nous indiquent des directions possibles. Ils ne s’imposent à personne et ont pour objectifs de susciter le dialogue. Chaque territoire doit poser les enjeux et les questions qui lui sont proches.
Les travaux de la Datar ont porté sur sept systèmes spatiaux
• L’urbain-métropolisé français dans la mondialisation,
• Les systèmes métropolitains intégrés,
• Les portes d’entrée de la France dans les systèmes territoriaux des flux,
• Les espaces de la dynamique industrielle,
• Les villes intermédiaires et leurs espaces de proximité,
• Les espaces de développement résidentiel et touristique,
• Les espaces de la faible densité.
Dans un premier temps, les sept groupes concernés ont travaillé durant 18 mois, jusqu’à l’automne 2011 sur des scénarios prospectifs et réalistes qu’ils ont illustré par des petites fictions très parlantes. Actuellement, d’autres experts identifient, à partir de cette matière, les enjeux de développement pour les politiques publiques. Un livre blanc présentera ces travaux à l’automne 2012.
Pour en savoir plus : www.territoires.gouv.fr, rubrique Territoires 2040.
Campagne et petites villes : de futurs laboratoires ?
La rédaction de l’Esprit Village s’est particulièrement penchée sur l’un des sept scénarios, « Les Laboratoires verts », qui, à ses yeux, pourrait correspondre à une évolution intéressante des campagnes. Francis Aubert, économiste à l’Inra, professeur d’économie à AgroSup Dijon, qui a piloté le groupe concerné (« Les villes intermédiaires et leurs espaces de proximité »), commente les travaux.
Expliquez-nous le scénario des « Laboratoires verts » ?
Notre groupe a imaginé quatre scénarios autour des villes intermédiaires (entre 20 000 et 200 000 habitants), celles qui maillent et structurent les territoires ruraux. Le second, « les Laboratoires verts » est le scénario qui fonctionne le mieux en termes de relations entre les villes et les campagnes. Il prévoit que, pour des raisons écologiques et de gestion de l’énergie notamment, les distances parcourues par les denrées et les ressources seront considérablement réduites. Il restera toujours des espaces de productions agricoles réservées à l’exportation, mais une grande partie des terres alimenta les villes proches. L’action publique sera déterminante pour encourager toutes les innovations à faible impact environnemental.
Quels sont les éléments marquants pour la campagne des trois autres scénarios de votre groupe ?
Le premier, appelé « Communautés incertaines », imagine des villes intermédiaires faites de tensions, de contradictions et dépendantes des flux migratoires. L’énergie est chère, la croissance et la mobilité difficiles. Les populations se renferment sur leurs quartiers ou leurs communes en fonction de leurs affinités culturelles ou sociales. Elles y développent une solidarité interne, mais dépendent aussi des autres, via des circuits courts, le troc et tout un ensemble d’innovations sociales qui facilitent la vie quotidienne. Le scénario des « Spécialités en concurrence » transforme les territoires en zones de production spécialisée et donc exportatrice sur des domaines particuliers, issus de savoir-faire locaux. L’État soutient l’innovation mais chaque territoire est responsable de son propre développement. Dans le dernier scénario, celui des « Satellites interconnectés », les territoires ruraux sont le support de fonctions (espaces naturels préservés ou lieux de ressources ou de dépôts contrôlés de déchets) au service des grandes métropoles, productrices de valeurs, qui sont redevenues attractives parce qu’elles se sont densifiées de façon « durable ». Les villes intermédiaires sont encore des lieux de production et forment des relais entre les métropoles.
Quel avenir du monde rural révèlent les travaux de votre groupe ?
Les systèmes spatiaux nous ont permis de sortir de la dichotomie classique : rural/urbain. Nous savons que l’évolution de nos espaces de vie dépendra d’éléments sur lesquels nous ne pourrons pas beaucoup agir, comme la hausse du prix du pétrole. Les scénarios nous révèlent cependant que nous disposons encore de marges de manoeuvre. Nous avons tous, à notre niveau, une responsabilité sur ce qui va se produire. Il faut y croire - même pour les espaces ruraux reculés - et inventer des solutions. Il n’y a pas de scénarios blancs ou noirs, chacun nous révèle des choses importantes.
Par exemple ?
Imaginer l’avenir de la campagne ne peut se faire qu’en prenant en compte tout ce qui l’entoure ou influe sur son développement. Un territoire forestier par exemple, qui mise sur cette ressource pour se développer (filière bois, tourisme…), peut voir tous ses efforts anéantis lorsque la SNCF décide de fermer son fret dans cette région. Inversement, la manière de valoriser cette ressource appartient aux acteurs locaux.
Fiction qui accompagne le scénario des « laboratoires verts »
Vendredi 20 avril 2040. Arsac-en-Velay. Philippe et Muriel se reposent sous les tilleuls. Ils attendent leur fils, en visite après dix ans de séjour en Afrique du Sud. L’évolution des échanges avec Léo leur revient en mémoire. En 2015, avec un job lucratif dans la finance à Paris, ils étaient bien ancrés dans des habitudes de haute consommation. Léo avait 15 ans et, séduit par le courant de la décroissance, il défendait bec et ongle la nécessité d’un mode de vie plus économe. Entre le fils et les parents il y eut des affrontements puis dix années de relations tendues. Après la draconienne crise bancaire de 2025, brutalement licencié, Philippe sombra dans une dépression sévère, mais finalement salutaire. Installé dans ce coin paisible de l’Auvergne en 2030, il en est maintenant persuadé, Muriel et lui ont fait le bon choix. La vie n’est pas simple, il faut gérer l’alimentation de la centrale à méthane comme la culture de la chènevière pour assurer l’essentiel de leur approvisionnement courant. Tous les jours, les tâches se succèdent. Les contacts de voisinage sont plus fréquents que les courses au Puy-en-Velay ou les consultations au pôle hospitalier de Saint-Étienne. Mais la vie est finalement plus tranquille et les échanges plus profonds que ce qu’ils ont connu à l’époque du consommer et du jeter faciles. Léo et Sindiwe, sa petite-fille métisse, arrivent vers 18 heures. Émotion, découverte. La petite a 6 ans. Sa maman est médecin au Cap, elle a quitté Léo. Philippe et Muriel ont compris qu’il vit seul maintenant, en consacrant son énergie au développement de services à forte valeur écologique. On gagnerait à s’inspirer de l’Afrique pour gérer les espaces naturels européens. Heureux de ce retour et de cette redécouverte de leur fils, ils ne lancent pas la dispute sur ce point. Sindiwe découvre cet environnement surprenant. Philippe l’emmène voir l’allée d’éoliennes géantes finalement implantées sur la colline, et caresser l’ânon né le mois dernier. Mais on ne pourra pas se promener sur l’ânesse, ses services sont loués par la commune, elle va débarder les bois de l’affouage toute la semaine, elle doit se reposer.
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 | DATE : | 01 Juin 2012 | | AUTEUR : | Lucile Vilboux | | | Revue - n° 112 - |
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