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 | | Hors de nos frontières |  Actualités > Sabots magazine > Hors de nos frontières |  | L'association Prommata au Burkina |
| Au Burkina Faso, comme dans la plupart des pays africains, l’utilisation de la force de l’homme en agriculture reste majoritaire.
Depuis maintenant près de trois ans, l’association Prommata s’est engagée dans un programme global de développement de la traction animale. |  |
| | | L’histoire de Prommata au Burkina Faso démarre au cœur du Limousin, à l’initiative de l’Établissement public de formation professionnelle agricole de Limoges. Depuis quelques temps déjà, ce centre de formation s’implique dans un programme d’échanges culturels et de développement agricole avec ce pays d’Afrique occidentale. Sur place, les missionnaires limousins constatent rapidement que pour développer l’agriculture locale, il faudrait un matériel en traction animale moderne et efficace. De là, l’idée de contacter Prommata en Ariège, seule structure à confectionner du matériel moderne.
Les ânes ne travaillent pas aux champs
" Traditionnellement, les Burkinabés sont des cueilleurs, ils ne sont guère habitués à utiliser la traction animale ", raconte d’emblée Jo Ballade, le président de l’association ariégeoise. Pourtant, lorsqu’il débarque en Afrique pour la première fois en 2002, il trouve un peu partout des ânes et même du matériel la plupart du temps laissé à l’abandon. " En 1963-1964, des missionnaires luxembourgeois, observant les caravanes d’ânes en provenance du Mali, avait eu l’idée de développer la traction asine dans le pays. " C’est ainsi que les ânes se sont intégrés à la vie des villages. " Aujourd’hui, on peut estimer qu’il y a un âne par famille (sauf pour les plus pauvres), poursuit Jo Ballade, mais la plupart du temps, ils ne sont utilisés que pour du portage alors qu’ils pourraient être d’une aide redoutable dans les cultures. "
Alors, pourquoi en 40 ans, malgré la présence en nombre d’ânes et de zébus, le Burkina n’a-t-il pas réussi à développer la traction animale en agriculture ? A son arrivée dans le pays des hommes intègres (la signification de Burkina Faso en mossi), la priorité de Prommata est de répondre à cette question. Premier constat : le lent développement de la traction animale s’explique par l’absence de tradition relative à l’animal de trait. Il n’y a pas de sélection, pas de technique de menage et entretenir un animal paraît souvent incongru lorsque l’on a soi-même des difficultés à se nourrir. Surtout, pour Jo Ballade, la principale raison est relative au matériel. " Comme le matériel est monovalent, s’équiper intégralement en outils est très cher, " explique-t-il. Les aciers sont souvent de mauvaise qualité et les outils pénibles à utiliser. Du coup, les Burkinabés abandonnent la traction animale. Au final, l’association dresse le bilan suivant : " il faut améliorer la maîtrise de l’animal et développer un matériel adapté ".
La sous-soleuse enthousiasme
L’objectif est dès lors de fabriquer un matériel qui remplace au maximum le travail à la main. Pour Prommata, pas de doute, le porte-outils baptisé Kassine est à même de répondre à ces besoins. Acheté par le centre de formation de Limoges, un exemplaire part pour le Burkina, suivi de Jo Ballade venu à Kamboince (à une quinzaine de kilomètres de Ouagadougou) pour démontrer aux Burkinabés toutes les vertus du porte-outils. " Très rapidement, on a vu qu’avec la kassine, les agriculteurs locaux pouvaient récupérer et utiliser leurs vieux outils ", raconte-t-il. Et lorsque le président de Prommata fixe au porte-outils une sous-soleuse, les stagiaires de Kamboince sont conquis. " Quand ils l’ont vu fonctionner, ça a fait l’unanimité, confirme Jo. La sous-soleuse permet de préparer le terrain pour les semis juste avant les premières pluies. " Car dans cette partie de l’Afrique subsaharienne, la saison des pluies ne dure que quatre mois maximum. Dès les premières gouttes, il faut donc semer le mil ou le sorgho. Mais la terre, matraquée pendant huit mois par un ardent soleil, est dure comme la pierre ; et comme l’érosion est l’un des problèmes principaux du pays, le labourage est à proscrire. " Ce qu’il faut, c’est fendre la croûte ", souligne Jo Ballade, chose que faisait déjà les Burkinabés, mais à la pioche. Là encore, la kassine équipée d’une sous-soleuse prouve son efficacité, le gain de temps est important et surtout elle permet de libérer de la main d’œuvre pour accroître les surfaces cultivées. Autre avantage, les lignes tracées à la sous-soleuse retiennent l’eau et limitent l’érosion.
Bref, au terme de cette mission, comme le résume Jo Ballade : " la kassine, grâce à sa polyvalence, a démontré qu’elle pouvait remplacer tous les outils à main ". Le centre de Kamboince décide donc d’envoyer en Ariège, dans les ateliers de Prommata, un stagiaire soudeur métallier du village. En quelques jours, Jean Sawadogo va apprendre la fabrication de la kassine. Il repartira 10 jours après son arrivée avec les gabarits de la kassine dans ses bagages. " Pour nous il s’agit d’un simple transfert de technologie ", explique Jo Ballade. Le but n’est pas d’exporter des porte-outils, mais bien de transmettre un savoir-faire devant aider les Burkinabés à accéder à l’autonomie. Dans le même temps, deux autres stagiaires sont formés à l’utilisation du porte-outils. Désormais, les Burkinabés sont en théorie capables de fabriquer et d’utiliser eux-mêmes la kassine (actuellement une deuxième série de 5 kassines est en cours de fabrication).
Effet boule de neige
En théorie seulement. Car au village, le forgeron, de retour de France, est confronté à quelques problèmes. L’atelier dans lequel doit être fabriqué le porte-outils manque de matériel et notamment d’une cintreuse et d’une perceuse à colonne. Le tout coûterait 1 500 euros, une somme dérisoire en Europe mais considérable au Burkina. Autre problème pour le forgeron : s’approvisionner en métal de qualité. A cause de tout cela, la fabrication de la kassine nécessite encore l’utilisation de sous-traitants, ce qui augmente le coût de fabrication.
Mais ces problèmes temporaires ne doivent pas cacher les succès du programme. Autour de Kamboince, l’intérêt pour la traction animale ne se dément pas. " Grâce à la kassine, les Burkinabés ont compris l’intérêt d’entretenir des animaux de trait ", juge Jo Ballade. " Et pourtant, quand on a à peine de quoi manger soi-même, c’est très difficile de nourrir des bêtes de trait ". Petit à petit, les Burkinabés apprennent donc à entretenir leurs animaux mais aussi à utiliser la fumure pour augmenter les rendements.
Un peu partout en Afrique, des organisations non gouvernementales ont eu vent de la présence à Kamboince de ce porte-outils qu’on appelle kassine. " Notre but est que Kamboince devienne un centre de formation en traction animale, commente Jo Ballade, que les pays intéressés se rendent au Burkina pour apprendre la fabrication et l’utilisation de la kassine. " Mais pour l’heure, nous n’en sommes pas encore là et prochainement, le président se rendra à Madagascar pour faire une première démonstration de la kassine. Puis un stagiaire malgache ira vraisemblablement à l’atelier de Prommata pour apprendre à son tour la technologie du fameux porte-outils.
Renseignements : Prommata, promotion d’un machinisme moderne agricole en traction animale, association loi 1901. La gare, 09420 Rimont, Tél. : 05 61 96 36 60. Mèl : association.prommata@wanadoo.fr
EPLEFPA les Vaseix, 87 430 Verneuil-sur-Vienne. Tél. : 05 55 48 44 00.
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 | DATE : | 26 Novembre 2004 | | AUTEUR : | Axel Puig |
 | Prix : 0,00 € |
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