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 | | Portraits, point de vue... |  Actualités > Points de vue > Portraits, point de vue... |  | Régis Picavet, archéologue aux mille facettes |
| | Génial touche-à-tout, Régis Picavet a d’abord été maçon puis luthier avant de devenir archéologue. Dans sa ferme du Vercors, il réalise des maquettes pour les musées, des reconstitutions de grottes préhistoriques et des dessins de silex. |  |
| | | Régis Picavet accueille ses visiteurs au son de la musique Renaissance. Sur les murs de son atelier sont suspendus des violes et des violons, des ossements de bouquetin et des cranes d’ours reconstitués. Dans sa ferme isolée au-dessus de Villard-de-Lans, il a installé une entreprise pour le moins originale : Lythos, spécialisée dans la réalisation de maquettes, le moulage d’objets anciens ou encore la reproduction de grottes et de peintures rupestres.
Avant d’en arriver là, Régis Picavet a beaucoup bourlingué. Natif du Nord de la France, il n’a que trois ans lorsque ses parents quittent Lille pour le Vercors afin de soigner son asthme. L’intégration du petit Régis est immédiate. « Mon enfance se résume en quelques mots : grottes, montagnes, champignons, truites… énumère-t-il fièrement. J’étais nul à l’école, mais dès l’âge de11 ans, je faisais de la spéléo avec mes copains et je participais à toutes les transhumances ».
A 18 ans, faute de résultats scolaires, il devient maçon, mais comprend très vite qu’il n’est pas fait pour ce métier. Il décide de partir travailler sur des sites préhistoriques en Allemagne et en Suisse pour apprendre sur le terrain le métier d’archéologue. Parallèlement, il fabrique pour le plaisir des instruments de musique. « J’ai toujours aimé faire chanter le bois, dit-il joliment. J’aime la musique baroque et Renaissance et je joue - très mal - du violon irlandais ».
Diplômé à 38 ans !
Quelques années plus tard, de retour dans le Vercors, il devient apprenti chez un luthier. Mais dans les années soixante-dix, la profession ne fait pas vivre son homme. Il délaisse les violons et collectionne les petits boulots : couvreur-zingueur, opérateur-cinéma, gardien de moutons, bûcheron… Jusqu’à ce qu’une association locale lui propose un poste d’archéologue. Pendant neuf ans, il sera responsable de fouilles sur des chantiers de sauvegarde. Mais son absence de diplôme le dessert face à la communauté scientifique. A 38 ans, il s’inscrit donc à l’Ecole des hautes études en sciences sociales de Toulouse pour gagner en crédibilité. Pari gagnant.
Il appartient désormais à une équipe de recherche du CNRS qui travaille sur le mésolithique (entre 15 000 et 7 000 ans avant le présent) et les premières sociétés de production de l’histoire (jusqu’aux gallo-romains). Il donne aussi des cours en histoire de l’art à l’Université de Grenoble sur la taille du silex, le moulage et les maquettes archéologiques. Autant de spécialités qu’il exerce au sein de Lythos.
Cette entreprise, créée en 1992 avec un ami d’enfance, fait référence dans le milieu muséographique européen. Elle réalise une dizaine de maquettes par an pour des musées nationaux, du site gallo-romain de Charavines à l’oppidum du Mont Beuvray, en passant par l’église de Brou avec ses 600 personnages miniatures ou la reconstitution d’un habitat néolithique près du lac de Constance. A partir des données planimétriques des archéologues, elle donne du relief à leurs fouilles avec un étonnant sens du détail.
Autre activité : le moulage. Statue en bronze, bijou néolithique, casque gaulois sont moulés puis reproduits pour être montrés au public. Régis Picavet s’est ainsi vu confier la reconstitution en résine de crânes d’ours vieux de 15 000 ans exposés au Musée de l’ours des cavernes d’Entremont-le-Vieux en Savoie. Il est également réputé pour ses moulages de sols, de parois rocheuses et de gravures rupestres. Ses travaux permettent de reconstituer des grottes plus vraies que nature.
Prendre le temps de vivre
La communauté scientifique fait appel à ses services pour des dessins techniques, qu’il réalise parfois sur le lieu même des découvertes, comme cette drague aurifère de 1909 perdue dans la forêt guyanaise. Accompagné d’un indien, il a vécu dans la jungle pendant un mois, chassant le singe et le caïman pour se nourrir. Il est également devenu un expert du dessin dynamique de silex. Des planches d’une minutie extrême qui montrent l’objet sous toutes ces facettes et permettent de comprendre la façon dont le silex a été taillé.
Aussi manuel qu’intellectuel, Régis Picavet réalise enfin des fac-similés d’objets historiques, en utilisant les mêmes matériaux qu’autrefois. Bijoux en os vendus dans les boutiques des musées, flèches de bois, haches de pierre et dernièrement une reproduction de l’Edit de Nantes sur papier vélin, exposée au Mémorial de Caen.
Autant de témoignages du passé qui passent entre ses mains sans lui faire oublier l’essentiel. « Je prends le temps de m’occuper de mes enfants, de me promener au milieu des moutons et de regarder les chamois par la fenêtre… Avec mon épouse Dominique, nous avons ouvert un gîte dans notre ferme. J’adore montrer les grottes du coin aux touristes de passage. Le Vercors est un vrai gruyère ».
A 50 ans, Régis Picavet n’a pour l’instant aucunement l’intention de se transformer en guide de luxe. Reconnu par ses pairs, il souhaite aujourd’hui que son travail l’emmène plus souvent sur des sites archéologiques étrangers. En projet, un moulage de bisons dans le Wyoming et des gravures rupestres au sud de la Libye. De futurs voyages dans l’espace et dans le temps.
Encadré
Combien ça coûte ?
Qui a dit que l’archéologie ne nourrissait pas son homme ? En multipliant les casquettes, Régis Picavet vit aujourd’hui très correctement de son métier. Avec deux permanents et plusieurs intervenants extérieurs, Lythos réalise un chiffre d’affaires de 150 000 euros par an. L’essentiel des commandes provient de musées nationaux, de communes, d’institutions, du CNRS et du Centre d’études nucléaires. Quelques particuliers font parfois appel à lui pour des copies ou des restaurations d’objets.
A titre d’exemple, une maquette de bonne dimension est facturée en moyenne aux alentours de 15 000 euros, un moulage de fémur d’ours des cavernes environ 500 euros et il faut compter 1 200 euros le mètre carré pour une gravure rupestre. Des tarifs de spécialiste.
Régis Picavet en quelques dates
1953 : Naissance à Lille.
1956 : Arrivée dans le Vercors.
1964 : Découverte de la spéléologie. Il débute une collection d’ossements qu’il poursuit encore aujourd’hui.
1971 : Premier métier, maçon.
1978 : Premiers chantiers de fouilles dans le Vercors et achat d’une ferme au dessus de Villard-de-Lans, qu’il mettra deux ans à retaper.
1983 : Après avoir tâté du métier de luthier, il devient archéologue.
1991 : Diplôme d’archéologie.
1992 : Création de sa société, Lythos.
Contact :
Lythos
Concourdan
38 250 Villard-de-Lans
Tél. 04 76 95 83 16. |
 | DATE : | 01 Mai 2004 | | AUTEUR : | Stéphane Perraud | | | Revue - n° 68 - |
 | Prix : 0,00 € |
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