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Accueil > Vendredi 30 Juillet 2010
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Actualités > Choix de vie > et aussi...
Bienvenue chez eux !
La campagne n’en finit pas de faire rêver… Elle symbolise pour beaucoup la perspective d’un vrai choix de vie, d’un nouveau départ sous le signe de la convivialité et de la qualité de vie. Mais où s’installer ? Des villages et des territoires plus vastes ont fait le choix d’accueillir de nouveaux habitants pour assurer leur développement. Parmi eux, 30 ont participé au concours des « Territoires d’accueil », organisé dans le cadre de l’opération Projets en campagne. Il résulte de ce concours un palmarès des zones rurales qui accueillent le mieux. Un palmarès forcément discutable, mais qui a le mérite de poser de vraies questions sur les politiques d’accueil à la campagne et qui met en lumière les démarches possibles, à condition de s’en donner les moyens.
Les recensements se suivent et c’est toujours le même constat : la population continue de baisser. Trop de ruraux, les élus en tête, n’ont pas pris conscience du mal qui ronge leur village. Certains s’accrochent aux services publics et tentent de conserver le tissu économique et social. Mais comment maintenir l’existant quand la population ne cesse de vieillir ? Dans ces cas, très nombreux dans tout l’Hexagone, même le maintien de la population passe par l’accueil de nouveaux habitants. Mais voilà : les uns se plaignent du manque de vraie politique en faveur du monde rural, les autres considèrent que rien n’est possible parce que… c’est la faute à pas de chance ! Pourtant, çà et là, des territoires ont fait le choix de l’accueil pour envisager plus sereinement leur avenir. Simples villages ou zones plus importantes, ils ont pris le taureau par les cornes. Ils n’ont pas attendu le vote d’une loi sur l’accueil à la campagne, ni l’attribution de moyens spécifiques et d’une ribambelle d’outils. Ils n’ont pas attendu l’arrivée miraculeuse d’une hypothétique grosse entreprise pourvoyeuse d’emplois, ni le développement spontané de l’habitat locatif.

Le lauréat en Lorraine

Ils ont fait le choix de la vie et ils ont imaginé des solutions. Ils ont parié sur leurs propres forces, ils ont inventé des outils ou en ont adapté d’autres, parfois au prix de bras de fer avec les pouvoirs publics. 32 de ces zones rurales ont participé au concours des « Territoires d’accueil », organisé dans le cadre de l’opération Projets en campagne (1). Village Magazine les commente pour vous et reprend le palmarès des 11 lauréats, établi par un jury de journalistes nationaux. Nous avons cependant souhaité aller au-delà du classement pour vous donner le panorama le plus concis et le plus efficace possible de ces territoires, au travers de cartes, de tableaux comparatifs et de commentaires, afin de donner un outil pratique à ceux qui souhaitent s’installer à la campagne. Le classement préalable est forcément discutable. « Nous étions néanmoins tous sur la même longueur d’onde, se souvient Kathleen Evin, de France Inter. Nous avons voulu privilégier des territoires qui souhaitent revivre de manière authentique, avec ceux qui sont là toute l’année, sans devenir une sorte de zoo ou de parc d’attractions. Ce sont des expériences humaines, ouvertes aux autres et aux personnes en difficulté, comme en témoigne le grand prix. J’imaginais bien qu’il y avait ce mouvement qui repartait de la base, ce côté “retroussons nos manches et n’attendons pas tout de l’extérieur”. Cela existe vraiment. Il faut qu’on réveille ce qu’il y a de meilleur dans l’humain, des initiatives plus simples, plus collectives. »
Le tour de force de Michel Fournier, maire des Voivres, qui a reçu le grand prix de l’accueil, montre que tout est possible. Situé en Lorraine, à une trentaine de kilomètres d’Épinal, le village des Voivres n’avait rien a priori pour attirer de nouvelles familles : ni autoroute, ni entreprise, ni site remarquable, ni cachet particulier. Le village s’est pourtant transformé et a vu sa population croître de 43 % entre les deux derniers recensements. « C’est un village emblématique de ce mouvement, souligne Kathleen Evin. Toutes ces expériences esquissent les voies à privilégier. »

(1). Projets en campagne est une opération qui s’est tenue les 14, 15 et 16 juin dernier à Limoges, à l’initiative du Collectif ville-campagne, du Cnasea, de la région Limousin et de la Datar Massif central (voir Village n° 50). Le jury qui a établi le palmarès était composé de 14 journalistes nationaux :
Yves Bruno (France 3),
Rémi Cambau (Le Moniteur),
Delphine de Mallevoue (Le Figaro),
Thérèse-Marie Desfontaines (Le Monde), Kathleen Evin (France Inter),
Patrick Fauconnier (Le Nouvel Observateur),
Yves Laplume (France Bleu),
Claire Lelièvre (Village Magazine),
Danièle Ohayon (France Info),
Sophie Patois (Télé câble satellite hebdo),
Jean-Claude Petit (La Vie),
Antoine Thibouméry (Les Échos),
Jean-Claude Raspiengeas (Télérama)
et Catherine Rebuffel (La Croix).

Contact :
Collectif ville-campagne,
4, rue Marcel-Sembat, 87000 Limoges.
Tél. : 05 55 32 68 21. Fax : 05 55 32 03 05.
E-mail : cdutray.collectifvc@wanadoo.fr



Le podium des territoires d’accueil
Le grand prix du territoire d’accueil :
• Les Voivres (88)

Les 10 trophées de l’accueil :
Mention spéciale :
• Plateau de Millevaches
• (Limousin)
• Relance (Cévennes)
• Espace séronais (09)
• Pays de Racan (37)
• La Porcherie (87)
Autres :
• Auzet (04)
• Bécherel (35)
• Châtel-Montagne (03)
• Vasles (79)
• Zudausques (62)





Les lauréats
Les Voivres (Vosges)
Vivre et ensuite travailler au pays !
Nous avons aimé : La détermination du maire, prêt à braver toutes les inerties pour faire revivre son village.
Comment faire venir des familles dans une commune où les possibilités d’emploi sont limitées ?
Cette question s’est posée de façon urgente à Michel Fournier, maire des Voivres. Dans les années 80, pour enrayer le déclin démographique et empêcher la fermeture de l’école, il lance une politique volontariste d’accueil de population. Il n’y a pas d’emploi ? Qu’à cela ne tienne ! Un appel dans la presse est lancé pour attirer des familles nombreuses désireuses de s’installer sur la commune. Michel Fournier est convaincu qu’en premier lieu, il est essentiel d’apporter de la vie dans le village. L’activité économique suivra, pense-t-il. Il embauche les nouveaux arrivés pour restaurer les maisons qui seront ensuite cédées en location-vente à de nouvelles familles.
Reste ensuite à stimuler l’activité économique du village. L’épargne locale est sollicitée afin d’acquérir un étang. Une ferme piscicole pédagogique se développe et trois emplois sont créés.
Michel Fournier, 88240 Les Voivres. Tél. : 03 29 30 43 87.

Auzet (Alpes-de-Haute-Provence)
Le centre d’hébergement musical dynamise la commune
Nous avons aimé : La mobilisation du village, qui contredit l’idée qu’en dessous d’un certain seuil de population, toute action devient inutile.
En 1989, lorsque Roger Isoard est élu maire d’Auzet, la commune ne compte que 35 habitants. Pour redonner envie aux personnes d’habiter dans le village, la commune commence par rénover le bourg. Deux axes principaux de développement sont ensuite définis : revitaliser l’agriculture (avec un programme de gestion collective des parcelles en friche) et créer de nouvelles activités. La création d’un centre d’hébergement accueillant des classes de découverte et organisant des stages autour de la musique et de l’environnement constitue le véritable détonateur de l’activité de la commune.
Le centre a contribué à la création de 16 emplois (8 temps pleins). Aujourd’hui, le principal projet est la création d’une chambre et table d’hôte et d’un refuge. Roger Isoard a aussi la volonté à plus long terme d’organiser un festival de sculpture et de musique.
Roger Isoard, mairie, 04140 Auzet. Tél. : 04 92 35 20 39.

Plateau de Millevaches (Limousin)
1 200 logements réhabilités
Nous avons aimé : L’initiative locale d’accueil de population relayée par le syndicat mixte du plateau puis par la région Limousin et l’ensemble du Massif central.
À cheval sur trois départements (Corrèze, Creuse et Haute-Vienne), 121 communes du plateau de Millevaches (espace faiblement peuplé) se sont lancées dans une politique d’accueil d’entreprises et de personnes. Pour cela, deux grands axes de travail sont adoptés par le syndicat mixte. Le premier objectif est de réhabiliter l’habitat traditionnel afin d’accueillir de nouvelles populations et d’améliorer les conditions de vie des habitants. 1 200 logements sont ainsi réhabilités, et une aide à l’accession à la propriété est accordée. Pour accueillir de nouveaux actifs, une dotation jeunes ruraux est mise en place, ainsi qu’une aide au premier emploi. En cinq ans, 76 reprises d’activité ont ainsi été accompagnées. Autres réalisations : la chaîne Télé Millevaches, une halte-garderie à Faux-la-Montagne…
Syndicat mixte du plateau des Millevaches, mairie, 23340 Gentioux-Pigerolles.
Tél. : 05 55 67 97 90.

La Porcherie (Haute-Vienne)
Appel aux médias pour sauver l’école
Nous avons aimé : L’utilisation des médias pour trouver des familles et le sens des relations humaines de l’équipe municipale.
Albert Peyronnet, maire de La Porcherie, en Haute-Vienne, est un précurseur. En 1987, il lance l’appel « Sauvons La Porcherie » dans les journaux. Afin de sauver l’école du village, il veut accueillir des familles avec des enfants. Quelques mois plus tard, une famille de 10 enfants arrive dans le village. En treize ans, une trentaine de familles ont suivi cet exemple. L’école compte maintenant 38 élèves, et le village est désormais doté d’une supérette avec débit d’essence et d’une boucherie. Un maçon et un charpentier se sont également installés.
Le maire et le conseil municipal ne se sont pas contentés de lancer un appel. Ils n’ont pas hésité à se déplacer pour rencontrer les familles candidates. Ils se sont également engagés à leur fournir un logement, un travail ou encore un terrain à bâtir.
Albert Peyronnet, mairie, 87380 La Porcherie. Tél. : 05 55 71 82 13.

Zudausques (Pas-de-Calais)
L’avenir se dessine collectivement
Nous avons aimé : La consultation régulière des habitants sur les projets du village.
La priorité de la municipalité de Zudausques est la qualité des services à la population et le maintien de son école. Le risque était important pour la commune, située à proximité de grands foyers urbains, de devenir une cité-dortoir. Pour éviter cela, une consultation de la population a été organisée. Les résultats ont incité la municipalité à ouvrir un point multiservices vendant des productions de qualité.
Grâce au dynamisme du foyer rural (activités culturelles et loisirs) et à l’ambiance insufflée par les élus, la population est passée de 423 habitants en 1989 à 650 dix ans plus tard. Les projets de Zudausques s’orientent aujourd’hui vers la création d’un cybercentre, d’une bibliothèque et d’une ferme communale accueillant des chantiers d’insertion pour la production de fruits et légumes bio. La commune est toujours disposée à accueillir des familles afin de consolider l’école.
Mairie, 62500 Zudausques. Tél. : 03 21 93 04 67.

Espace séronais (Ariège)
Accompagner l’installation de microentreprises
Nous avons aimé : Un accompagnement humain assuré par les parrains tout au long de l’installation.
Le repeuplement et l’accroissement de l’activité économique sont les priorités de la communauté de communes du Séronais. Pour cela, Jean-Luc Charpignon, aidé de volontaires, décide de créer l’association Espace, qui se donne pour mission d’accueillir les porteurs de projet. Cette structure offre un premier accueil aux entrepreneurs potentiels et propose un système de parrainage. Une grande partie des porteurs de projet installés l’est dans le domaine des nouvelles technologies. La principale difficulté à laquelle est confrontée l’association est le manque de logements disponibles (pression foncière importante). Résultat de l’action d’Espace, en deux ans, 24 entrepreneurs et 64 personnes se sont installés. Les retombées en termes de population sont positives. Chaque année, un nouveau poste d’instituteur est créé. Espace envisage, dans l’avenir, d’accompagner plus de porteurs de projet originaires du cru.
Communauté de communes, 09240 La Bastide-de-Sérou. Tél. : 05 61 64 69 85.

Vasles (Deux-Sèvres)
Mouton Village
Vasles est un village qui vit essentiellement de l’élevage ovin.
Nous avons aimé : Le choix d’une thématique de développement typiquement rurale et liée au terroir.
En 1990, pour surmonter la crise ovine, le maire de Vasles propose un programme de développement autour… du mouton. Il s’agit de le valoriser (développer la gastronomie, la mythologie, la laine…) et aussi de promouvoir un agneau de qualité. Une ferme expérimentale est créée, et la municipalité a en projet la construction d’un atelier artisanal de transformation. Elle mène aussi des études sur d’autres utilisations possibles de la laine. Vasles est aujourd’hui membre d’une structure intercommunale, ce qui permet de partager les projets avec les villages voisins. Grâce à ce programme de développement, la commune a accueilli 200 habitants en six ans.
Sur la commune, les possibilités d’installation concernent principalement les hébergements touristiques (un château à rénover est actuellement à vendre) et les artisans du bâtiment.
Gilles Parnadeau, mairie, 1, place du 25-Août, 79340 Vasles. Tél. : 05 49 69 91 34.

Relance (Cévennes)
Accueillir de nouveaux actifs pour maintenir l’activité
Nous avons aimé : L’approche très humaine qui permet l’adéquation entre le cédant et le repreneur de chaque activité.
Pour assurer le maintien des activités commerciales, agricoles et artisanales, le Relais local d’animation des Cévennes (Relance) a été créé en 1997. Relance est un guichet unique qui se donne pour mission de répertorier les possibilités d’installation, d’accompagner les porteurs de projet, de mettre en relation les cédants avec d’éventuels repreneurs et d’aider des entrepreneurs à préparer la transmission de leur activité.
Relance travaille essentiellement dans les domaines de l’agriculture, de l’artisanat et du commerce. Ses services sont proposés gratuitement. Il est envisagé à plus ou moins long terme de faire des forums de transmission reprise. Depuis 1997, Relance a participé à la transmission ou à la création de 42 entreprises. 57 emplois ont ainsi été soutenus et 27 ont été créés.
Relance, immeuble du Crédit agricole, rue Michelet, 30100 Alès. Tél. : 04 66 56 50 82.

Pays de Racan (Indre-et-Loire)
Une identité territoriale pour un tourisme de qualité
Nous avons aimé : L’initiative prise par le principal d’un collège et relayée par une démarche associative.
Didier Montagné, principal du collège de Neuvy-le-Roi, ne peut accepter la baisse du nombre de collégiens liée à l’exode rural.
Avec quelques professeurs et parents d’élève, il décide de créer l’association des Trois Vallées du pays de Racan. Le but premier est de forger une identité locale afin de développer l’activité touristique. Le collège sert de base au projet, qui repose sur l’organisation de manifestations culturelles et sur la création d’une structure d’accompagnement à la création d’activités. Un festival de musique (les Bucoliques du pays de Racan) et une maison de pays sont créés. L’association a également contribué au maintien de 150 emplois (sur dix ans), et près de 15 projets sont étudiés chaque année. Un studio d’enregistrement ou encore une maison des écritures se sont ainsi installés. Dans le domaine du tourisme, on est passé de 7 structures d’hébergements à 50.
Association des Trois Vallées du pays de Racan, 16, rue du 8-Mai-1945, 37370 Neuvy-le-Roi. Tél. : 02 47 24 84 12.

Châtel-Montagne (Allier)
L’église du IXe siècle comme point de départ
Nous avons aimé : L’ambiance très chaleureuse du village et la gentillesse des habitants, essence même de l’accueil..
À Châtel-Montagne, commune du Bourbonnais, la présence d’une église du IXe siècle a servi de détonateur au développement du village. Les élus de la commune ont eu l’idée, pour enrayer le vieillissement de la population, d’organiser des manifestations d’ordre culturel et artistique. Une médiathèque ainsi qu’une salle d’exposition ont ainsi été créées.
Pour inciter les visiteurs de l’église romane à rester un peu plus longtemps sur le village, la commune a également favorisé l’implantation d’artisans. Depuis 1999, six se sont installés. Toujours pour développer le tourisme, un marché estival est organisé chaque été, un restaurant s’est installé, et la municipalité envisage la création d’une structure d’hébergement de grande capacité. Du fait de ce dynamisme retrouvé, l’école est passée de 7 élèves en 1997 à 36 en 2000.
Mairie, le bourg, 03250 Châtel-Montagne. Tél. : 04 70 59 72 17.

Bécherel (Ille-et-Vilaine)
L’un des premiers villages du livre
Nous avons aimé : La convivialité des manifestations culturelles et de l’animation.
Entre Rennes et Saint-Malo, Bécherel est une petite cité de 660 habitants. Pour enrayer le phénomène d’exode rural et les déplacements professionnels en ville, l’association Savenn Douar a mis en place des activités à caractère économique et culturel. Une fête du livre est organisée en 1989. Véritable succès, elle engendre rapidement la venue de trois libraires, tous débutants. Avec le soutien des collectivités locales (communauté de communes, département, région…), l’association multiplie les manifestations conviviales, et de nouveaux libraires et des artisans d’art viennent s’installer à leur tour.
Aujourd’hui, on compte sur la commune près de 17 libraires.
Pour la suite, la municipalité envisage d’embellir les murs de la cité et compte bien accueillir encore quelques bouquinistes dans les locaux encore disponibles.
Cité du livre, 9, place Alexandre-Jehanin, 35190 Bécherel. Tél. : 02 99 66 77 50.



Les nominés
Le Dorat (Haute-Vienne)
Nous avons aimé : Le soutien de la collectivité à un projet au départ individuel.
Grâce aux nouvelles technologies, Le Dorat est actuellement en net regain d’activité. À l’origine, Philippe Fosséprez décide de créer, avec l’aide de la municipalité, une plate-forme de télétravail au sein de la commune. Un local est mis à la disposition de l’Association régionale de télétravail (Art). Très vite, de nombreux candidats prennent contact avec elle. Trois familles se sont ainsi installées dans la commune, et neuf porteurs de projet ont été accueillis dans les locaux d’Art.
Christelle Frissat, 9 bis, place de la Collégiale, 87210 Le Dorat. Tél. : 05 55 60 13 66.

Barjols (Var)
Nous avons aimé : La capacité de la commune à rebondir après des licenciements massifs.
À 50 kilomètres de Draguignan, Barjols a longtemps vécu grâce à l’activité des tanneries. Mais, en 1983, la dernière tannerie quitte la commune. La municipalité, pour faire face à l’exode, décide d’acquérir certaines usines. Les sites sont rénovés et proposés en location-vente à des artistes et artisans. À ce jour, 90 % des artistes sont devenus propriétaires. La municipalité a rénové deux tanneries qui sont entièrement occupées. Les possibilités d’installation sont aujourd’hui limitées. Mais il est envisagé à plus ou moins long terme d’acquérir une autre tannerie.
Mairie, place Capitaine-Vincens, 83670 Barjols. Tél. : 04 94 72 80 60.

Chanaz (Savoie)
Nous avons aimé : Le prolongement de l’activité touristique par le développement de l’artisanat d’art.
Profitant d’un potentiel touristique remarquable, la commune de Chanaz décide de se lancer dans la création et la rénovation de logements.
Le tourisme draine vite près de 150 000 visiteurs par an.
Pour accroître l’offre touristique, une zone artisanale, accueillant des artisans d’art, est créée, et une maison de l’artisanat est en construction. En dix ans, la population a augmenté de 129 personnes. Autour de Chanaz, il reste des possibilités d’installation pour des hébergements touristiques et, sur la commune, quelques artisans peuvent encore s’installer.
Mairie, place Antonio-Gianetto, 73310 Chanaz. Tél. : 04 79 54 57 50.

La Bastide-Clairence (Pyrénées-Atlantiques)
Nous avons aimé : La volonté de la municipalité de garder la maîtrise du patrimoine foncier.
En 1988, la commune décide de rénover des bâtiments afin d’accueillir des artisans. Pour les attirer, le maire met en place un système de bail précaire. Cela permet aux artisans de ne payer que 300 francs par mois pendant presque deux ans. Aujourd’hui, on compte environ 10 artisans sur la commune. L’activité artisanale a, entre autres, permis la création de chambres d’hôte. Le maire a également instauré une politique de préemption afin d’éviter la prolifération de résidences secondaires. Aujourd’hui, il n’y a plus de bâtiments disponibles, l’installation d’un autre artisan est envisagée, mais à moyen terme.
Mairie, 64240 La Bastide-Clairence. Tél. : 05 59 70 29 10.

Éourres (Hautes-Alpes)
Nous avons aimé : L’esprit communautaire insufflé par les néoruraux.
Petit village des Préalpes, Éourres était, il y a 20 ans, sur le chemin de l’abandon quand un groupe de néoruraux décida de s’y installer. Depuis, environ 15 entreprises se sont implantées sur la commune ou dans ses environs, et 10 nouvelles familles sont arrivées ces dix dernières années. Parmi ces nouveaux arrivants, on trouve beaucoup d’agriculteurs, mais aussi un studio d’enregistrement ou encore une productrice de produits de beauté. Éourres est également un village remarquable pour son fonctionnement démocratique.
Au cours des réunions de village, chaque personne exprime ses besoins et ses attentes. En projet actuellement, la rénovation de locaux dans le cœur du village pour créer un magasin bio et la construction d’un lotissement.
Mairie, Pré-l’Ubac, 26560 Éourres. Tél. : 04 92 65 20 49.

Pont-Scorff (Morbihan)
Nous avons aimé : La promotion des artistes locaux.
La municipalité de Pont-Scorff a développé un pôle artistique et culturel. Pour ce faire, la Cour des métiers d’art (gérée par une association) a été créée. Elle regroupe cinq ateliers d’artisans et des salles d’exposition.
La commune a également racheté et restauré des maisons qu’elle met ensuite à la disposition des artisans moyennant un loyer modéré. 18 artisans ont déjà été accueillis, et la commune s’est fixé pour objectif un maximum de 30 installations. Des places restent donc à prendre, mais pas avant 2002.
Mairie, 56620 Pont-Scorff. Tél. : 02 97 32 55 74.

Merlieux-et-Fouquerolles (Aisne)
Nous avons aimé : La variété des activités (agriculture, télétravail, musique…).
Pour sauver l’école, la municipalité a mené une politique en faveur du logement locatif. La plupart des bâtiments ont été construits par l’office HLM. 17 logements (actuellement tous occupés) ont ainsi été édifiés. La commune a, par la suite, développé le thème du livre et de la communication en créant une bibliothèque puis un café-musique. Dans les deux ou trois ans qui viennent, des possibilités d’installation devraient être envisageables.
Mairie, 02000 Merlieux-et-Fouquerolles. Tél. : 03 23 80 20 98.

Marquise (Pas-de-Calais)
Nous avons aimé : L’implication personnelle et financière des élus de la commune.
Le principal objectif de la commune est de faciliter la reprise et la création d’entreprise. Pour cela, les élus locaux ont créé l’association Création aide et parrainage (Cap). Son budget est alimenté par une partie des indemnités des élus de la commune. L’association accorde des prêts à 0 % aux porteurs de projet qui sont sélectionnés.
En cinq ans, 15 entreprises ont ainsi été créées dans cette commune de 4 500 habitants.
Cap, 1, rue des Lilas, 62250 Marquise. Tél. : 03 21 33 26 52.

Cuisery (Saône-et-Loire)
Nous avons aimé : La vie redonnée à une ancienne rue commerçante.
À Cuisery, commune de 1 500 habitants, tous les commerces d’une rue avaient disparu. À l’initiative du notaire Paul Perrault, la commune se lance dans un projet de village du livre pour redynamiser cette rue. Suite à un reportage de la chaîne Demain !, les premiers bouquinistes s’installent sur la commune. Des logements avec vitrine sont mis à leur disposition moyennant des loyers modérés. Aujourd’hui, une quinzaine de bouquinistes, un relieur, un imprimeur… se sont installés. Un café-culture devrait également bientôt voir le jour. La commune envisage de réhabiliter un centre de spectacle.
Mairie, 71290 Cuisery. Tél. : 03 85 40 16 08.

Montolieu (Aude)
Nous avons aimé : L’origine individuelle du projet, devenu collectif.
Michel Braibant, éditeur aujourd’hui disparu, est à l’origine de la création du village du livre. Grâce à l’implication des habitants et à l’action de deux associations, des ateliers d’écriture ont été mis en place et une quinzaine de bouquinistes se sont installés. Profitant de la renommée du village, des artisans d’art (relieur, fondeur…) ont également élu domicile à Montolieu. La municipalité a financé un atelier relais et la rénovation d’une halle destinée à accueillir les manifestations associatives. En projet actuellement, la réalisation d’un syndicat d’initiative intercommunal.
Mairie, 11170 Montolieu. Tél. : 04 68 24 84 03.

Montmorillon (Vienne)
Nous avons aimé : La fréquentation très importante du site malgré la jeunesse du projet.
Le projet de Montmorillon est la réalisation d’un site à la fois culturel, touristique et économique. Avec le soutien du conseil général, la commune a créé une « cité du livre », ouverte en 2000 et qui accueille près de 120 000 visiteurs par an.
À Montmorillon, il y a actuellement plus de 20 libraires et artisans du livre. Aujourd’hui, la commune développe également un volet artisanat. En un an, sept projets privés ont élu domicile à Montmorillon. Parmi eux, un minithéâtre, une galerie, deux restaurants… La commune se lance actuellement dans une troisième tranche d’acquisition pour 10 bâtisses.
La cité de l’écrit et des métiers du livre, BP 43, 86501 Montmorillon. Tél. : 05 49 91 97 86.

Mimizan Sylvicole Valley (Landes)
Nous avons aimé : La structure complète d’accueil et de suivi de la création d’entreprise.
La communauté de communes de Mimizan a choisi d’axer son développement sur les nouvelles technologies de l’information et de la communication (NTIC). L’idée originale revient à Jean Bourden, maire de Mimizan. Un centre multimédia est créé en 1994, puis, en 2000, une structure d’accompagnement à la création d’entreprises spécialisées dans les NTIC voit le jour. Elle met des locaux à la disposition des porteurs de projet, assure une aide au montage de dossiers et à la recherche de fonds. En un an, cinq entreprises (15 emplois) s’installent sur la communauté de communes. Des bureaux sont encore disponibles pour l’implantation d’entreprises, et « Sylvicole Valley » est en train de construire un nouvel espace d’accueil.
District de Mimizan, 3, avenue de la Gare, 40200 Mimizan. Tél. : 05 58 09 44 55.

Marciac (Gers)
Nous avons aimé : La passion du jazz, source de renouveau.
Jean-Louis Guilhaumon est féru de jazz. En 1978, il décide, avec quelques amis, d’organiser Jazz in Marciac, festival qui attire aujourd’hui jusqu’à 150 000 personnes. Profitant de cette réussite, un musée du Jazz est créé, ainsi qu’une option jazz au collège. Résultat, l’établissement qui était menacé de fermeture refuse désormais des élèves. Les projets se portent aujourd’hui vers la création d’une pépinière d’entreprises autour des métiers d’art et d’artisanat et sur la construction d’un village lacustre de 350 lits. En outre, la commune est toujours disposée à accueillir de nouveaux habitants.
Mairie, 19, place de l’Hôtel-de-Ville, 32230 Marciac. Tél. : 05 62 09 38 03.

L’Argentière-la-Bessée (Hautes-Alpes)
Nous avons aimé : La reconversion des friches industrielles et le développement d’activités sportives, scientifiques et techniques.
En 1985, les usines Péchiney quittent la commune de L’Argentière-la-Bessée. La population déclinant, Joël Giraud, aujourd’hui maire, propose son programme de reconversion.
La municipalité décide de tourner le village vers le tourisme et les activités sportives de pleine nature. Pour cela, le bourg accueille et développe ces activités (canoë-kayak, escalade…). Les anciennes usines sont rénovées pour installer un centre culturel scientifique et technique. Les anciennes mines d’argent sont également aménagées de façon à accueillir des visites. Actuellement, la commune étudie des projets en partenariat avec l’Italie.
Hôtel de ville, avenue Charles-de-Gaulle, 05120 L’Argentière-la-Bessée. Tél. : 04 92 23 10 03.

Le haut Allier (Haute-Loire)
Nous avons aimé : Le tourisme durable à l’origine du regain d’activité.
Confrontés au problème de la désertification, les élus du haut Allier (au nord-ouest de la Haute-Loire), ont choisi pour remède le développement du tourisme vert. Un syndicat mixte d’aménagement est ainsi créé.
Il se donne pour objectifs de soutenir les initiatives locales (surtout celles ayant trait au tourisme vert), de valoriser le patrimoine et le potentiel de la rivière Allier (développement de la salmoniculture par exemple), de mener des actions de promotion et de commercialisation et d’élaborer des produits touristiques. Aujourd’hui, les installations se multiplient et on assiste à un développement de l’agriculture raisonnée et biologique (production de fruits rouges).
Bob Beaulieu, 42, avenue Victor-Hugo, BP 64, 43300 Langeac. Tél. : 04 71 77 28 30.

La baie du Mont-Saint-Michel (Basse-Normandie)
Nous avons aimé : L’opération « Bistrot de pays », qui relance une activité au cœur des villages.
Le pays de la baie du Mont-Saint-Michel est en quête de main-d’œuvre. Avec un taux de chômage au plus bas (5 %), les entreprises ont du mal à recruter (tricots Saint James, Vuitton…). Les responsables locaux cherchent à répondre à de nouvelles demandes (besoins de logements de qualité pour les cadres, services de garde d’enfant dès 7 heures du matin, heure à laquelle le travail commence dans les ateliers) et à développer l’attractivité du pays. D’ores et déjà, une plate-forme d’initiatives locales a vu le jour pour soutenir les créateurs d’activité, et un réseau de Bistrots de pays développe la carte de l’accueil.
Association du pays de la baie du Mont-Saint-Michel. 7, rue Saint-Saturnin. BP 320,
Avranches. Tél. : 02 33 79 40 30. E-mail : Pays.baiemontsaintmichel@wanadoo.fr

Le Diois (Drôme)
Nous avons aimé : La volonté politique d’enrayer le déclin démographique associé à une équipe de professionnels chargés de l’accueil.
En réaction à une désertification de grande ampleur, les communes du Diois s’associent en syndicat d’aménagement (actuellement district de développement et pays). En 2000, les forces vives du territoire signent une charte destinée à définir une politique d’accueil de population et d’entreprises. Les agents de développement du Diois aident les porteurs de projet à monter leur dossier, diffusent de l’information… 104 porteurs de projet ont été accueillis en 2000. Les secteurs de l’artisanat, du tourisme et des services aux populations sont les plus représentés.
District rural de développement du Diois, 42, rue Camille-Buffendel, 26150 Die. Tél. : 04 75 22 29 44.

Adecaplan (Haute-Marne)
Nous avons aimé : Les actions menées en faveur du logement et le dynamisme associatif local.
Trois structures intercommunales du plateau de Langres, soucieuses de développer leur territoire, frappé par l’exode rural, décident de créer l’Adecaplan, Association de développement des cantons du plateau de Langres. Quelques axes principaux sont privilégiés, le cadre de vie avec la mise en place d’une politique de rénovation de logements (Opah et réhabilitation de 300 logements), le tourisme, la restructuration de l’artisanat et des actions en faveur de la petite enfance. L’Adecaplan est aujourd’hui membre du pays de Langres, qui prolonge à une échelle plus large la politique d’accueil afin d’offrir davantage d’opportunités d’installation : emplois salariés, reprises d’activités artisanales…
Adecaplan, maison de pays, 52160 Auberive. Tél. : 03 25 84 22 26.



Encadré
Village ou pays, qui doit accueillir ?
Les résultats des trophées de l’accueil réunissent des territoires aux dimensions totalement hétérogènes. Dans le palmarès, une commune comme Auzet, qui n’atteint pas la centaine de villageois, cohabite avec un territoire comme le pays de la baie du Mont-Saint-Michel et ses 130 000 habitants. Alors, qui pour vous accueillir ? Village ou pays ?
La question de l’échelle la plus pertinente pour mener des politiques d’accueil de population est souvent source de débats passionnés. Les lois Chevènement (sur l’intercommunalité) ou la loi Voynet (sur le pays) consacrent un principe faisant quasi l’unanimité, celui du dépassement de l’échelon communal. Certains élus locaux voient dans ces évolutions une menace pour la commune, qu’ils imaginent à terme disparaître. Pourtant, les résultats des trophées de l’accueil montrent qu’il n’y a pas vraiment une échelle plus pertinente qu’une autre. Évidemment, un regroupement de plusieurs communes (intercommunalité) dispose de moyens plus importants. Il peut s’attacher les services d’un ou de plusieurs animateurs de terrain. Il dispose de ressources financières supérieures et d’une plus grande renommée pour communiquer et se faire connaître de l’extérieur. Gilles Parnaudeau, maire de Vasles, confirme d’ailleurs que l’« intercommunalité est une opportunité intéressante pour globaliser les projets du village et faire en sorte que les villages voisins se les approprient ». L’intercommunalité ou le pays peuvent aussi travailler plus aisément avec les techniciens des organismes professionnels agricoles ou culturels.
Pour autant, les communes ont d’autres atouts, qu’elles valorisent souvent avec succès.
Le dynamisme de villages comme Auzet (page 24) témoigne de ce que l’on peut faire avec des idées, de la volonté et des manches retroussées. Il n’existe pas de fatalité, ni de seuil de population en dessous duquel toute action devient vaine. Combien de communes en route vers un état de village fantôme ont redressé des situations désespérées grâce à l’opiniâtreté des villageois ? Souvent, comme l’explique Michel Fournier, maire des Voivres, on ne peut attendre la création d’un regroupement de communes pour mener une politique d’accueil. L’essentiel reste la volonté et la mobilisation des acteurs locaux. En plus, à l’échelle de la commune, le candidat à l’installation rencontre souvent un interlocuteur plus proche de lui, avec qui le contact est plus rapide.
Le mieux, finalement, est de mener les politiques d’accueil simultanément sur les deux échelles. Sur le plateau de Millevaches, par exemple, une commune comme Cheissoux mène une politique d’accueil dynamique tout en profitant de la renommée et des moyens techniques et financiers du plateau de Millevaches.
Cette politique est relayée à l’échelle de la région Limousin et même à celle du Massif central dans son intégralité. Bref, une histoire de poupées russes…

Encadré
Village à thème ou la garantie du succès ?
Les villages à thème font leurs preuves. Villages du livre, d’artistes ou spécialisés dans les nouvelles technologies, ils renforcent leur identité et leur attractivité en axant leur développement et l’accueil sur une thématique bien précise. Châtel-Montagne et La Bastide-Clairence sont assimilés aux artistes et aux artisans d’art venus s’installer. Comme à Barjols et à L’Argentière-la-Bessée, l’accueil a permis la reconversion de sites industriels ou commerciaux qui n’avaient plus d’avenir autrement.
À Marciac, c’est le jazz qui est décliné ; à Mimizan, au Dorat et sur le secteur de l’Espace séronais, ce sont les nouvelles technologies qui offrent des opportunités d’installation.
Le succès est au rendez-vous, les nouveaux arrivants s’ajoutent aux précédents. En revanche, le choix d’un thème a ses limites : pour preuve les multiples villages du livre qui banalisent la thématique retenue et créent une concurrence entre les territoires. Si toutes les communes de France et de Navarre se font village du livre, aucune d’elles ne se distinguera des autres. Or, c’est bien là la valeur ajoutée du thème. Vasles, avec le mouton, signe un véritable travail identitaire et une démarche cohérente avec son terroir. Mouton Village est en effet une réussite économique, mais aussi culturelle, patrimoniale et pédagogique en adéquation parfaite avec le lieu et sa culture. Et c’est bien autour de l’identité spécifique locale que pourra se jouer l’accueil.
À l’opposé des villages à thème, d’autres mènent une démarche globale. Ce qui compte, c’est l’arrivée de nouveaux habitants et d’activités, quelles que soient leurs spécificités. Cela nécessite une efficacité sur tous les plans et pose le problème de l’attractivité. Pourquoi en effet s’installer là plutôt qu’ailleurs ?
Tout simplement parce que la pugnacité d’un élu aux Voivres, le rôle inattendu du collège au pays de Racan, la rénovation de logements sur le plateau de Millevaches ou le foisonnement culturel et associatif du plateau de Langres… font toute la différence et créent une autre forme d’identité locale.


Encadré
Mais qui sont les leaders ?
Les élus jouent un rôle déterminant et peuvent inverser la baisse démographique.
Que seraient devenus Les Voivres sans la détermination de Michel Fournier, La Porcherie sans l’implication d’Albert Peyronnet, Vasles sans la clairvoyance de Gilles Parnadeau… ? La liste est longue avec les communes d’Auzet, La Bastide-Clairence, Mimizan, L’Argentière-la-Bessée, Marquise ou encore Grancey-le-Château. Tous ces maires montrent la formidable capacité d’entraînement qu’ils détiennent, avec leur conseil municipal, et contredisent les discours souvent défaitistes qui affirment que rien n’est possible parce que le département, la région, l’État, l’Europe ou encore les consulaires ou l’administration, c’est selon, ne font rien. Ils prouvent au contraire que tout est possible à condition d’en avoir la volonté et de s’en donner les moyens. Pour autant, ce ne sont pas les seuls acteurs possibles. Un passionné de jazz à Marciac, un télétravailleur au Dorat, des néoruraux à Éourres, un notaire à Cuisery, un éditeur à Montolieu ou un principal de collège au pays de Racan prouvent que chacun peut se saisir de l’accueil et jouer un rôle important dans le développement de l’endroit où il vit. De la mise en œuvre d’un festival à l’apéro offert à son nouveau voisin, la marge de manœuvre est large.
La mobilisation individuelle donne souvent naissance à une dynamique collective. Cette dernière peut être associative, comme à Bécherel, elle peut aussi associer habitants et élus, comme à Zudausques ou à Châtel-Montagne. Elle peut prendre la forme de ce qu’on appelle en jargon technocratique les « nouvelles formes de gouvernance », c’est-à-dire l’association de tous dans le développement et les décisions qui président à l’avenir comme dans la baie du Mont-Saint-Michel, le pays de Langres ou le Diois. Néanmoins, toutes ces démarches collectives montrent que les élus ont un rôle majeur pour conforter l’accueil. Faute d’obtenir les soutiens politiques nécessaires et les moyens qui en découlent, une association comme celle des Trois Vallées au pays de Racan voit son avenir et ses efforts pour l’accueil menacés.


Encadré
La caisse à outils de l’accueil
L’habitat est partout le ressort clé de l’accueil. Sans logements disponibles, pas de nouveaux habitants. Et, contrairement aux idées reçues, les villages ne regorgent pas de maisons inoccupées ET disponibles. Résidences secondaires, propriétés indivises, granges inoccupées ou maisons menaçant ruine ne constituent pas les capacités d’accueil nécessaires. Or, certains territoires ont presque plus besoin d’habitat disponible que d’activités économiques, puisque les entreprises locales ont déjà du mal à recruter, comme c’est le cas dans la baie du Mont-Saint-Michel ou dans le pays de Langres. Du coup, tous les outils relatifs à l’immobilier sont nécessaires : opération programmée d’amélioration de l’habitat (Opah), société civile immobilière (SCI), système de baux précaires, loyers modérés, location-vente, atelier relais, politique de préemption…
Avec parfois des bras de fer avec l’administration pour adapter ces outils aux politiques locales.
Sur le plateau de Millevaches, il a fallu batailler pour faire bénéficier certaines granges des aides financières Opah. Aux Voivres, c’est la loi qu’il a fallu contourner pour mettre en place un dispositif de location-vente sur des logements. Dans la même veine, certains outils peuvent concerner l’accès aux terres pour l’installation agricole, comme en a créé Relance dans le Gard.
Les outils peuvent aussi être techniques : aide au montage de dossier, accompagnement, parrainage, comme à Mimizan, dans la Brenne ou le Diois.
Ils peuvent être d’ordre financier, ainsi la plate-forme d’initiative locale de la baie du Mont-Saint-Michel, le fonds de garantie du parc naturel de la Brenne ou le prêt d’honneur créé par les élus de Marquise. Mais l’atout majeur des territoires d’accueil est la convivialité. Non pas celle qui est proclamée, mais celle qui se vit à travers des tout petits riens : une présence au bon moment, une salade du jardin offerte, une écoute au quotidien, une possibilité d’expression et d’échanges, le plaisir de la fête. Car la relation humaine n’est autre que le cœur de l’accueil et la plus sûre garantie pour l’avenir.

Encadré
Données en trompe l’œil
Doublement de la population ici, chute continue là-bas…
les chiffres n’en finissent pas de dresser des constats. Attention, le quantitatif n’est pas tout. On peut accueillir de nombreuses familles et ne pas les retenir, au risque parfois d’assassiner des projets qui avaient leurs chances (voir Village n° 49, dossier « Pourquoi ils se quittent »). Ce qui compte finalement, c’est la qualité de vie qui s’améliore durablement pour tous. Et si certains champions de l’accueil souhaitent lever le pied pour préserver cette qualité de vie, ne les blâmons pas. Inversement, des territoires peinent à renverser la courbe démographique descendante alors qu’ils développent des efforts louables pour accueillir. Ces aventures sont longues à mener et à donner des effets quantifiables. En effet, le vieillissement de la population a un impact direct sur les chiffres. De plus, les mentalités et les habitudes sont difficiles à changer… Et parfois, il suffit d’une ou deux familles de plus par village pour tout transformer.

DATE : 01 Septembre 2001
AUTEUR :Axel Puig et Claire Lelièvre
 Revue - n° 52 -


Prix : 4,31 €



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